Investir en obligations, bonne idée ?

Taux actuariel d'une obligation à taux fixe

Prêter de l'argent à un tiers maintenant pour le récupérer plus tard doit être assorti d'une contrepartie financière pour rémunérer le service rendu et le risque pris par le prêteur. Dans le cadre d'une obligation qui correspond à l'endettement d'un état ou d'une entreprise, le versement de paiements intermédiaires constants appelés coupons constitue cette contrepartie. Est-il intéressant de prêter, la valeur de ces coupons étant connue à l'avance ? C'est la valeur du taux actuariel qui va nous guider.


Le taux actuariel d'une obligation à taux fixe correspond au taux d'actualisation annulant la somme des flux correspondant au montant déboursé pour souscrire, aux revenus de chaque coupon distribué et au remboursement à terme du nominal. Autrement dit, le taux actuariel d'une obligation à taux fixe servant des coupons C est le taux d'intérêt i tel que – prix + C/(1+i) + … C/(1+i)^n + nominal/(1+i)^n= 0, calcul valable juste après le détachement d'un coupon.

Hypothèse sous-jacente

Cette formule suppose que le montant de chaque versement de coupon est immédiatement réinvesti dans un actif de rentabilité de taux i. En pratique, il n'y a aucune raison pour que cela soit vrai. N'oublions pas que les mathématiques sont une aide à la compréhension et la modélisation de la réalité. Cette hypothèse permet de facilement comparer des obligations entre elles à travers le taux actuariel.

Risque

Toutefois, la connaissance du taux actuariel n'est pas suffisante. En effet, une obligation zéro coupon, actif dont la rentabilité est connue à l'avance ayant un taux actuariel i est moins risquée, pour un même émetteur, qu'une obligation de même taux actuariel servant des coupons. Pour cette dernière, le taux de réinvestissement de chaque coupon est inconnu. Le véritable rendement d'une obligation est connu a posteriori (sauf pour un zéro-coupon) alors que le taux i est calculé a priori.

Décomposition du taux actuariel

Ainsi, le taux actuariel est un taux nominal comprenant une part « inflation », une part « taux réel sans risque » et une part « coût du risque ». En indiquant cela, nous n'avons rien dit. Il resterait en effet à définir ce qu'on entend réellement par inflation et par risque et à évaluer les taux y afférant. Peut-on considérer que l'inflation française calculée par l'INSEE ou l'inflation européenne calculée par EUROSTAT correspondent à notre idée de l'inflation ? D'ailleurs l'INSEE publie les chiffres non pas de l'inflation mais de l'inflation sous-jacente. Est-ce à dire que la valorisation d'une obligation serait insensible à une inflation importée et durable ? C'est une question à se poser pour calculer le taux réel.

Investir en obligation

Est-il judicieux d'investir directement en obligations ? Pour un foyer avec une seule part et un taux marginal d'imposition de 30 %, chaque coupon est fiscalisé à hauteur de 30 . Il faut y ajouter 15,5 % de CSG/RDS. Ainsi, une obligation de rendement brut de 3,5 % offre un rendement net de 2 % environ (ajusté de la CSG déductible). La conclusion est : pourquoi pas, vu le niveau des rendements des différents actifs financiers !


Trésorerie d'entreprise

Investir une bonne partie de sa trésorerie en obligations n'est certainement pas judicieux à moins de disposer de ressources et compétences particulières dans ce domaine. Souscrire dans des fonds spécialisés dans l'investissement obligataire semble être la meilleur alternative. Toutefois, cela n'a de sens qu'à titre de diversification. Dans cette optique, investir en direct n'est pas non plus à exclure totalement.

Est-ce la bonne période actuellement pour investir en obligations ?

Investir sur le marché obligataire est plus technique que le marché action car la liquidité n'est pas toujours au rendez-vous et le prix de ces actifs est
corrélé aux marchés des taux. Or un taux n'est pas un actif et il n'est pas échangeable. Un taux n'est que la résultante de flux financiers et de contrats passés entre un créancier et un débiteur. Ce marché est donc d'une certaine manière, ésotérique.


Par ailleurs, bien que l'économie européenne présente à ce jour des forces désinflationnistes voir déflationnistes, forces jusqu'à présent favorables aux marchés obligataires, il n'est pas exclu que les taux de la dette, à savoir les taux obligataires de certains états remontent. Est-il soutenable pour une économie d'avoir des taux aussi faible ? Cela aurait-il un sens de payer pour mettre en dépôt son épargne dans une banque (cf. http://www.lepoint.fr/economie/des-comptes-bancaires-aux-taux-negatifs-30-10-2014-1877118_28.php) ?


Mais la BCE veille sur l'Europe ! En réalité, la BCE est un facilitateur mais ne remplacera en aucun cas l'action des états. Effectivement, injecter de l'essence en trop grande quantité dans un moteur qui tourne au ralenti ne permet pas d'obtenir les effets escomptés (cf.http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20140918tribcd58bf96e/les-banques-boudent-le-tltro-de-la-bce.html). Cela traduit finalement que la vitesse de circulation de la monnaie est « faible ». A titre de comparaison, un particulier s'enrichissant et mettant l'argent sous son matelas ne participe pas au développement de l'économie. C'est comme si cette quantité de nouvelle monnaie n'existait pas. Ainsi, cette faible vitesse de circulation de la monnaie neutralise tout effet d'augmentation de la masse monétaire considérée. Seul un retour de la confiance induit par des réformes structurelles, accentué par l'action de la BCE et à terme par un retour à la croissance mondiale a un sens.

Conclusion

Il est préférable de déléguer sa gestion à des gérants dont c'est le métier vue la période chaotique actuelle. Toutefois, investir à titre personnel dans le but de se construire des revenus complémentaires à titre de diversification est à étudier, tout n'est question que de modération.




Pour aller plus loin


Plusieurs articles sont intéressants à lire concernant les tentatives de relance de la BCE par un programme de rachat de différents actifs afin de soulager le bilan des banques :



Et n'oublions pas que les banques sont soumises à des contraintes notamment de liquidités (cf. Bâle II puis bientôt Bâle III) :


http://www.agefi.fr/articles/la-bce-lance-des-tltro